Monseigneur Garnier a rencontré les élèves de T ES (LEGT) afin de les sensibiliser aux problèmes du Proche Orient. Un conflit qu’il connaît parfaitement puisqu’il « emmène régulièrement des étudiants en Palestine. Depuis 1965 je m’y suis rendu presque soixante fois ».
Une conférence qui a donc alternée récit historique et vécu personnel.
« La guerre au Proche Orient, nous en entendons parler de temps en temps mais j’avoue ne pas toujours comprendre. Cela me semble loin et assez complexe. » Tel est le constat de départ des élèves de Terminal.
Alors, rencontrer quelqu’un qui connaît le pays et qui puisse les éclairer un peu, pourquoi pas ? « En plus, c’est au programme du bac !! »
Pour bien comprendre le problème, Monseigneur Garnier est parti de cette image : en 1900, tout le pays appartenait aux Palestiniens. En 1948, quand les Juifs sont revenus après la shoah, les palestiniens les ont accueillis et donnés la moitié de leur maison (de leur pays). En 1967, les Palestiniens ont donné une pièce supplémentaire de leur maison et actuellement les Juifs voudraient toute leur maison !! En d’autres mots : la politique actuelle d’Israël constitue à désespérer les Palestiniens pour qu’ils partent et reprendre ainsi tout le pays.
Quelques repères historiques :
En 1894, le capitaine Dreyfus, officier Juif, est accusé à tort de trahison>. Observant les foules criant « mort aux juifs », Théodor HERZL, correspondant de presse à Paris, en déduit qu’il n’existe qu’une seule solution à l’antisémisme : l’immigration en masse des Juifs dans un pays à eux. C’est le début du sionisme, mouvement politique qui veut reprendre » toutes les terres Palestiniennes. L’idée du sionisme se fonde sur le lien entre le peuple juif et sa terre, une attache qui a commencé il y a près de 4 000 ans, lorsque Abraham s’installa en Canaan, appelé plus tard Pays d’Israël.
1904-1914 : environ 90 000 Juifs arrivent de la >Russie où ils sont persécutés pour s’installer en Palestine.
En 1917 : déclaration Balfour. Le gouvernement britannique envisage favorablement l’établissement d’un foyer national juif en Palestine.
A la fin de la première guerre mondiale, sionistes et arabes se mettent d’accord pour que le Proche Orient devienne une terre pour tous. Ils rêvent d’entente et de paix.
En 1922, la Société des Nations va confier à la France le mandat sur le Liban et la Syrie. L’Angleterre obtient la Palestine, l’Egypte, la Jordanie, l’Irak. Des frontières artificielles sont créées. Le grand rêve des sionistes et des arabes tombent à l’eau. Peu à peu, les Britanniques vont monter les Sionistes contre les Arabes et favoriser les révoltes en vendant des armes aux deux parties.
1926, 1929 : Première révolte arabe contre les Juifs
1939 : Au proche Orient, 700 000 Juifs et 1 500 000 Palestiniens
1939-1945 : Les populations Juives quittent l’Europe pour le Proche Orient. Les Britanniques tirent sur les bateaux de Juifs qui arrivent en Palestine après avoir survécu à l’holocauste.
Les grandes puissances (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, URSS) négocient des plans de partage de la Palestine qui débouchent, le 29 novembre 1947 à l’ONU, sur la proposition de la création de deux Etats et de la zone internationale de Jérusalem
En avril 1948, presque deux cent villages palestiniens sont attaqués et pris par les forces sionistes. De nombreux habitants sont blessés ou tués. Tous les survivants sont expulsés ou s’enfuirent, terrorisés.
Le vendredi 14 mai 1948 : proclamation de l’Etat d’Israël par Ben Gourion.
Les armées des pays arabes pénètrent en Palestine dès le 15 mai 1948.
En 1949, l’armistice est signé entre Israël, l’Egypte, le Liban, la Jordanie et la Syrie.
Juin 1967 : Guerre des 6 jours - L’armée israélienne remporte une victoire incroyable sur quatre armées arabes. Après les six jours, Israël était en possession de tout le territoire de la Palestine historique, ainsi que de la péninsule du Sinaï et des hauteurs du Golan.
1973 : guerre du kippour. La responsabilité principale de cette guerre incombe au Premier ministre Golda Meir qui a rejeté avec arrogance et brutalité toutes les propositions de paix du Président égyptien Anouar el Sadate. La guerre se termine par une victoire militaire israélienne.
1979 : paix entre l’Égypte et Israël. L’Égypte récupère le Sinaï le 25 avril 1982
A partir de 1980 : dans ce qui reste de la Palestine, Israël annexe des îlots (zones palestiniennes sous contrôle Israëlien)
Israël construit un mur de 9 mètres de haut et de 700 km en territoire Palestinien.
Des messages de paix
Yitzahk Rabin (alors premier ministre d'Israël, discours à la Maison Blanche, à Washington ; le Monde, Septembre 1993) "… Laissez-moi vous dire, Palestiniens, nous sommes destinés à vivre ensemble sur le même sol de la même terre". "…Nous vous disons aujourd'hui, d'une voix forte et claire : « Assez de sang et assez de larmes, assez ! »". "… Nous souhaitons ouvrir un nouveau chapitre dans le douloureux livre de nos vies communes, un chapitre de reconnaissance mutuelle, de bon voisinage, de respect mutuel, de compréhension. Nous espérons embarquer dans une ère nouvelle de l'Histoire du Moyen-Orient".
Théo Klein (alors président d'honneur du CRIF – Conseil Représentatif des Institutions juives de France – Lettre ouverte à Ariel Sharon, le Monde, 6 septembre 2001) "… Puis-je réaffirmer la conviction que j'ai eu le privilège de vous exprimer de vive voix, à la veille de votre élection : le premier pas à franchir, celui qui est à la fois une nécessité historique mais, sans doute, avant tout un impératif moral, c'est de reconnaître aux Palestiniens la liberté de proclamer leur État. Il faut même aller plus loin et réclamer pour Israël le privilège d'être le premier État qui reconnaisse la légitimité de cet État de Palestine. Un État avec lequel Israël doit partager la terre commune". "…
Bernard-Henri Lévy (allocution prononcée le 27 mai 2002 à l'université de Tel-Aviv, le Monde, 4 juin 2002) "… Alors ? Alors, il reste une troisième solution. Un geste, en fait. Un simple geste". "… Un scénario que les intéressés ne pourront refuser sans se couper de leur peuple et se déjuger aux yeux du monde :
1 – rencontre sans délai, nolens volens, avec ce qui reste de la direction palestinienne ;
2 – appel à une conférence internationale où les Etats-Unis, l'Europe, les États Arabes modérés, se porteraient garants des termes du contrat proposé ;
3 – en échange de l'évacuation de l'essentiel des territoires et du démantèlement des implantations non contiguës à Israël, en échange, autrement dit, d'un État palestinien viable dont vous seriez les promoteurs, les accoucheurs, presque les parrains, la pleine reconnaissance, par le nouvel État ainsi que par les États arabes, de la légitimité et des frontières d'Israël. Cette initiative, cette percée, seraient conformes à la justice, c'est-à-dire, pour parler clair, à ce droit des Palestiniens à un État qu'aucun démocrate, aucun dirigeant juif et, plus encore, aucun sioniste, ne peut sérieusement leur dénier".
Quelques questions des élèves
- Pourquoi n'y a t'il pas de prise en charge internationnale du conflit ?
Réponse de Mgr Garnier : Dans cette histoire, l'ONU est très fragile. Les 5 ou 6 plus grandes puissances s'arrangent entre eux. Les petits n'ont pas de poids. Les Etats Unis protègent Israël et les américains possèdent un droit de véto.
- Existe t'il tout de même des signes de paix ?
Mgr Garnier : ils sont minces. Quelques uns ont tenté de faire des pas vers la paix mais ils ont souvent été assassiné comme Rabin ou Anouar el Sadat.
Il existe quand même quelques signes : ce 9 décembre les ministres des affaires étrangères de l'Union Européenne ont déclaré que Jérusalem doit devenir la "future capitale de deux Etats". Il faut savoir que ce conflit est un cancer pour la paix dans le monde entier.
- Le problème de l'eau n'empêche t'il pas la construction de la paix au Proche Orient ?
Mgr Garnier : Effectivement, l'eau converge vers le Jourdain et est pompé pour toutes les cultures. La mer morte descend de 1 mètre par an. Plusieurs projets sont ainsi à l'étude: la construction d'un canal «de la paix» voulu par Shimon Pérès, qui a pour objectif de sauver la mer Morte dans le cadre d'une coopération régionale entre Jordaniens, Palestiniens et Israéliens. Ce canal relierait la mer Morte et la mer Rouge: 50% de l'eau serait dessalée au profit de la Jordanie et les 50% restants viendraient alimenter la mer Morte. Pourquoi la pénurie d'eau ne ferait-elle pas prendre conscience à Israël et aux pays arabes qu'ils ne peuvent survivre qu'en construisant la paix ?